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Historique

A la fin des années 40 en Californie, Harry Chamberlin, conçoit le premier instrument à lecture de bandes magnétiques : le Model 100 Rhythmate. Avec ses boucles de motifs rythmiques enregistrés, c'est l'ancêtre des boîtes à ryhtmes et du sampler. Le Model 200 reprend le principe de lecture de bandes magnétiques mais avec un clavier et des sons d'instruments de musique (flûte, violons, vibraphone... ). Les modèles suivants (300/350, 400, 600/660... ) utilisent pour la première fois des bandes de 3/8 de pouce avec 3 pistes. Ce format de bande non standard permettait à Harry Chamberlin d'avoir l'exclusivité de la vente de bandes pour ses machines.
Le modèle 600 Music Master est particulièrement intéressant dans l'histoire du Mellotron. C'est en effet le premier modèle à disposer de deux claviers de 35 notes (sol à fa). Le clavier de droite est utilisé pour les sons d'instruments (flûte, violons... ) et le clavier de gauche pour les accompagnements (Bossa Nova, Cha Cha Cha... ). C'est l'incarnation de ce qui va être, quelques années plus tard, le premier Mellotron Mark I.

La production de Chamberlin débute au début des années 50. Harry Chamberlin embauche un certain Bill Fransen comme commercial afin d'augmenter les ventes. Malgré un concept séduisant, le Chamberlin souffre d'un manque de fiabilité.
Bill Fransen, convaincu que la production ne dépasserait pas le stade artisanal, part en Angleterre en 1962 avec 2 Chamberlins 600 Music Master à la recherche d'un fournisseur de 70 têtes magnétiques. Il rencontre les frères Bradley - Frank, Norman et Leslie - qui dirigent Bradmatics Ltd., une entreprise, située à Birmingham, dont l'activité depuis les années 30, est la production de divers mécanismes semi-professionnels, des amplificateurs et des têtes de lecture. Bradmatics fabrique les 70 têtes requises. Intrigués, les frères Bradley demandent à quel usage sont destinées ces têtes de lecture. Fransen leur montre les 2 Chamberlins et leur demande s'ils peuvent améliorer la conception afin de produire en grande quantité un nouvel instrument plus fiable. Ils acceptent immédiatement, sans savoir qu'ils "volaient" l'idée d'Harry Chamberlin. Un an plus tard, ce dernier apprend la nouvelle et se rend en Angleterre. Finalement, Harry Chamberlin vendra les droits de conception pour $30 000 aux frères Bradley en 1966.

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En 1963, le Mark I, premier Mellotron (le nom provient de MELOdy ElecTRONics), est né. Il reprend le concept du Chamberlin, c'est-à-dire, deux claviers de 35 notes côte-à-côte, un clavier pour les instruments, l'autre pour les accompagnements, et des bandes de 3/8 de pouces avec 3 pistes.

En septembre, une annonce est diffusée dans un journal local pour rassembler des fonds. Le chef d'orchestre Eric Robinson, le magicien David Nixon ainsi que quelques autres personnalités du showbiz se joignent à l'aventure.
Les frères Bradley déménagent dans la banlieue de Birmingham pour installer leur nouvelle usine, baptisée Streetly Electronics.
Eric Robinson crée Mellotronics, l'agence commerciale située à Londres. Il est aussi responsable des enregistrements des bandes master. Deux machines sont conçues spécialement pour faire le report des bandes au format 3/8 de pouce, spécifique au Mellotron. L'une est à Mellotronics à Londres, l'autre à Streetly Electronics.
Malgré les améliorations apportées au concept du Chamberlin, le Mark I demeure une machine peu fiable.


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En 1964 apparait le Mark II, qui est un Mark I à la conception plus aboutie. La plupart des premiers Mellotrons sont modifiés en Mark II.
Durant cette époque, Mike Pinder travaille à Streetly Electronics pendant 18 mois. Il contrôle la qualité de fabrication et teste les instruments. Totalement enthousiasmé par le son et les possibilités du Mellotron, il décide de l'inclure dans le nouveau groupe qu'il crée en quittant Streetly : les Moody Blues. Leur premier tube enregistré avec cet instrument est Love and Beauty (67). Le Mellotron devient partie intégrante du son des Moody Blues.
Mike Pinder est le premier à remplacer les sons d'accompagnements du clavier de gauche par des sons d'instruments comme pour le clavier de droite , ce qui lui donne 36 instruments disponibles.
C'est aussi lui qui présente le Mellotron aux Beatles. Quelques temps après, Paul, John, George et Ringo ont chacun leur Mellotron. Le morceau le plus connu des Beatles sur lequel figure le Mellotron est sans aucun doute Strawberry Fields for Ever (67) avec son introduction à la flûte.
En 1965, Graham Bond Organization est probablement le premier groupe à enregistrer un single, Lease on Love, et un album, There's a Bond Between Us, avec un Mellotron. Un des tout premiers tubes contenant du Mellotron est certainement Semi-Detached, Suburban Mr. James de Manfred Mann, en 1966. Beaucoup d'autres groupes sont séduits par les nouvelles possibilités qu'offre le Mellotron : les Rolling Stones, les Kinks, Pink Floyd...

A cette époque, c'est le premier instrument qui permet de reproduire assez fidèlement des cordes, des cuivres, le vibraphone... De plus, il est totalement polyphonique. Les autres claviers disponibles étaient les orgues électriques (Hammond, Vox, farfisa... ), les pianos acoustiques et électriques (Rhodes, Wurlitzer... ) et les tout premiers synthétiseurs monophoniques. 


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La BBC s'intéresse aussi au Mellotron et est à l'origine de la conception du FX Console, en 1965. C'est un Mark II dont les caractéristiques techniques ont été améliorées. Les enregistrements contiennent 1260 bruitages divers afin de sonoriser des émissions de radio et de télévision.


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En 1968, un nouveau modèle apparaît : le M300. Constitué d'un unique clavier de 52 notes, ce mellotron bénéfice d'une nouvelle banque de sons de meilleure qualité. Bien qu'étant une alternative à l'encombrant et pesant Mark II, le M300 reste encore un instrument imposant (137 kg !) et difficile à transporter. De plus, une mauvaise conception du défilement des bandes provoque de nombreux problèmes et ternit quelque peu l'image de ce modèle. Il ne fut produit qu'à 52 exemplaires.


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C'est en 1970 que sort le M400, sûrement le plus grand succès commercial de Streetly Electronics. C'est le premier Mellotron qui peut être transporté relativement aisément. Le mécanisme du M400 a été grandement simplifié par rapport aux modèles précédents. Plutôt que de disposer de plusieurs banques de sons internes, les bandes sont montées sur un rack interchangeable. Les principaux problèmes de fiabilité sont ainsi résolus. Chaque rack contient 3 sons. Pour changer de banque, il suffit de changer de rack.

A partir de la fin des années 60, le Mellotron est de plus en plus utilisé, notamment avec l'avènement d'un nouveau courant musical : le rock progressif. Le Mellotron est très présent chez les plus célèbres représentants de ce genre comme Genesis, Yes, et King Crimson. Ses possibilités polyphoniques et la couleur mélancolique, envoûtante, voire "dramatique" de ses sonorités se prêtent particulièrement bien à ce style musical.

Fort de ce succès, le Mellotron est distribué aux Etats-Unis par Dallas Arbiter (renommé plus tard Dallas Music Industries) à partir de 1972.


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1975 voit apparaître le Mark V. C'est l'équivalent de deux M400 dans un même meuble avec l'adjonction d'une réverbération à ressorts.

Après divers problèmes financiers, Dallas Arbiter fait faillite en 1977 et entraîne la fermeture de Mellotronics à Londres. Ironie du sort, suite à un imbroglio concernant les droits d'utilisation du nom "Mellotron", Streetly Electronics doit abandonner ce nom et continue à fabriquer ses instruments sous l'appellation "Novatron". Parallèlement, Bill Eberline, l'ancien dirigeant de Dallas Arbiter, crée Sound Sales et poursuit la vente de ces mêmes instruments sous le nom de "Mellotron" !


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En 1981, le 4 Track, premier Mellotron américain, voit le jour. Reprenant le concept du M400, le 4 Track apporte quelques améliorations qui ne seront jamais exploitées à cause d'une mauvaise qualité d'enregistrement des bandes.

Au début des années 80, les premiers échantillonneurs - ou samplers - arrivent sur le marché. On peut citer le Fairlight et l'Emulator II. Bien qu'étant une réelle innovation technique, ces machines souffraient encore d'une mauvaise fidélité sonore et ne pouvaient enregistrer que quelques secondes de sons. Mais avec les rapides avancées technologiques, des machines plus performantes et de moins en moins onéreuses (Akai, Roland... ) mirent fin au Mellotron/Novatron.
Streetly Electronics cesse définitivement son activité en 1986.

En 1990, David Kean achète le stock de pièces et de bandes de Mellotronics, acquiert le nom "Mellotron" et fonde Mellotron Archives, afin d'apporter un support aux passionnés de Mellotron. Mellotron Archives est aujourd'hui situé au Canada.

Quelques années après, John Bradley, le fils de Leslie Bradley, fonde avec son ami Martin Smith, Streetly Electronics (nom donné en hommage à la première usine de Mellotron), située dans la banlieue de Birmingham. John et Martin proposent la rénovation, l'entretien et la vente de pièces et de bandes pour tous les Mellotrons.

Leslie Bradley, l'inventeur du Mellotron meurt le 15 janvier 1997.


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En 1998, David Kean de Mellotron Archives et son collaborateur suédois, Markus Resch, conçoivent un nouveau Mellotron, le Mark VI. Basé sur le concept du M400, ce nouvel instrument apporte de nombreuses améliorations comme un préampli à lampes, une cabine en bois plus légère, deux réglages de vitesse du moteur...



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Reprenant le concept du Mellotron Mark V, un modèle à double claviers, le Mark VII, est aussi disponible.



Vingt ans après l'arrêt de fabrication du Mellotron en 1986, Streetly Electronics annonce un nouveau modèle, le M4000 en mai 2007.
Après bientôt quarante années, le M4000 est le premier instrument équipé d'un mécanisme multi-banques hérité des Mellotron Mark I, Mark II, SFX et M300 abandonné en 1970 avec la sortie du M400.
Une version double clavier est aussi disponible sous le nom de M5000.